La libération de Lillers.

A l'occasion du cinquantième anniversaire de la libération, nous publions le récit des évènements qui ont ponctué la libération de la ville de Lillers. Ce texte est paru le 24 septembre 1944 dans le n°1 du "Journal de Lillers", hebdomadaire qui avait cessé de paraître avec l'invasion allemande de mai 1940. Il est signé Jean PORICHE, directeur du journal.

La ville de Lillers a glorieusement lutté pour sa libération.

"Après avoir vécu l'atmosphère enfiévrée des jours qui précèdèrent sa libération et subi, déjà samedi après-midi une mitraillade qui fit les premières victimes en ville et l'assassinat de huit patriotes à Rieux, Lillers a traversé les 3 et 4 septembre des heures tragiques.
Les premiers tanks anglais entrèrent dans la ville dimanche 3 vers 7 heures, après quelques moments d'hésitation - personne ne pouvant en croire ses yeux - les habitants les accueillirent avec de frénétiques hourras! et en un clein d'oeil la ville se trouva pavoisée de drapeaux français et alliés et de guirlandes, préparées depuis quelques jours! On apporte aux soldats des fleurs et des fruits!

Un premier obus est tiré dans le bas de la Place de la Mairie où des allemands ont été signalés et immédiatement les FFI entrent en action de tous côtés, sous les ordres du capitaine Augustin ANSART, chef du secteur des FFI de la région lilléroise; bientôt des prisonniers, bras levés, débouchent de toutes parts. On les conduit, sous bonne garde à l'hôtel de ville où fonctionne le Comité Local de Libération sous le commandement du capitaine DANEL.

Vers 10H on apprend que des allemands se sont retranchés dans un garage de la rue du Rempart tenant en enfilade la ruelle du Cliquet, immédiatement, le capitaine ANSART qui depuis les premières heures se dépense avec une autorité remarquable et un dévouement sans limites, se dirige avec ses hommes à l'entrée de la rue du Cliquet pour réduire l'ennemi à l'impuissance, hélas ! une balle l'atteint en plein coeur ! le capitaine ANSART tombe en héros! son corps est transporté à l'hôpital installé à l'école des filles de la rue de Relingue, où déjà des bessés et des morts ont été amenés; entretemps la lutte se développe dans toute la ville: rue de Béthune, boulevard de Paris, au Brûle, rue de Cantraine, d'où les FFI triomphent par leur courage et ramènenet des centaines de prisonniers. Mais l'ennemi semble se retrancher au delà des rues de St Venant et d'Aire, le long de la rivière Nave et au-dessus du passage à niveau de la rue d'Aire,vers le bois Pigouche et les fermes DELVART et WAMBERGUE où les combats deviennent particulièrement âpres... On redoute le retour de l'ennemi et ordre est donné aux habitants de retirer les drapeaux! Vers 13H, nouvel envoi des couleurs suivi bientôt après d'un second ordre de les retirer...car la bataille fait rage vers la route de Bourecq où des habitants sont sauvagement fusillés! les FFI redoublent de courage et la lutte se poursuit... durant toute la soirée et pendant toute la nuit. Le secteur des rues de St Venant et d'Aire est bombardé d'obus incendiaires...les maisons flambent... le ciel est rouge...cependant que les vaillants pompiers essayent d'enrayer le fléau...

La population ne se doute pas du danger qui l'a menacée durant ces heures. Lillers aurait pu être totalement anéanti et ses habitants livrés à la fureur de l'ennemi! Grâce aux courageux FFI et aux renforts alliés qui le lundi procédèrent à un bombardement nourri et à un nettoyage serré du Bois Pigouche, l'ennemi fut enfin réduit à la retraite! Cette fois, on pouvait remettre les drapeaux ! Lillers était libéré!!

Mais cette libération avait malheureusement coûté la vie de 24 des nôtres dont l'héroïque capitaine ANSART et 14 FFI et 9 victimes civiles assassinées par les allemands ! et cette liste tragique devait s'accroître encore dans les jours qui suivirent par de nouveaux morts des suites de leurs blessures!

Des funérailles nationales organisées par le Comité de libération de Lillers se déroulèrent jeudi, sous une pluie battante, mais au milieu de milliers de personnes de la ville et des environs, venues apporter l'hommage de leur reconnaissance et de leur admiration aux glorieux morts tombés pour la libération de leur cité. Une magnifique chapelle ardente avait été érigée dans la salle du Théâtre où les cercueils disparaissaient sous les drapeaux et les fleurs!! Longtemps la foule défila pour s'incliner devant les corps des héros qui, à 11H, furent transportés sur des chars et des prolonges décorés aux couleurs nationales, jusqu'à l'église...

Le cortège était précédé par les sections d'anciens combattants et de prisonniers rapatriés avec leurs drapeaux, la Croix Rouge, l'Harmonie Fanien; les familles des chers disparus étaient accompagnées par M.PINEL, sous-préfet de l'arrondissement de Béthune, MO.J REES, prêtre de l'armée britannique, M. le capitaine DANEL, président du comité local, Mme DUEZ, qui fut avec le capitaine ANSART, l'âme de la Résistance et des FFI dans notre ville, suivis d'une foule innombrable...

Après un imposant service funèbre célébré par M. le chanoine RUBLIN au cours duquel l'Harmonie Fanien et les grandes orgues exécutèrent des Marches Funèbres, le cortège se rendit au cimetière de la ville sous un véritable ouragan de vent et de pluie pour le dernier adieu.

D'autres funérailles nationales eurent lieu également le samedi pour deux nouvelles victimes de la libération".

Jean PORIGE

ANNEXES

Liste des victimes des journées des 3 et 4 septembre 1944

F.F.I


- ANSART Augustin, capitaine des FFI, 42 ans, marié, demeurant 19, rue de relingue.
- BARAN, 21 ans, marié, demeurant à Rieux.
- DOLLET Maxime, 32 ans, demeurant à Manqueville.
- GERNEZ Fernand, 35 ans, marié, demeurant à Hurionville.
- LECLERCQ Marcel, 39 ans, marié, demeurant 108, rue de Cantraine.
- LEPRETRE Jean, 21 ans, célibataire, demeurant 20, rue de Relingue.
- MARTIN Aimée, 21 ans, célibataire, demeurant Place de Ferfay.
- MARTIN Paul, 39 ans, marié, demeurant Place de l'église.
- QUONIAM Aimé, 41 ans, marié, demeurant 224, Faubourg d'Aval.
- SIX Emile, 33 ans, marié, demeurant rue de Cantraine.
- WESTEEL Abel, 21 ans, célibataire, demeurant rue de Cantraine.
- DELASSUS Jean, de Molinghem.
- LAERTE Raymond, 19 ans, de Burbure.
- LOOCK Jules, marié, demeurant 89, rue de St Venant.
- LAIGNEL Lucien d'Hurionville.
- LAIGNEL André, d'Hurionville.

Victimes des allemands.


- BOTTE Alfred, 46 ans, marié, demeurant rue d'Aire.
- BOUCHER Gaston, 63 ans, marié, demeurant rue d'Aire.
- CHEVALIER Fernand, 64 ans, célibataire, demeurant rue d'Aire.
- JUDAS Robert, 42 ans, marié, demeurant rue d'Aire.
- MAREZ Jules, 69 ans, veuf, demeurant rue d'Aire.
- ROGIN Gustave, 74 ans, demeurant rue de Béthune.
- WAEKENS Michel, 13 ans, demeurant rue d'Aire.
- TRYOEN Auguste, 30 ans, marié, demeurant à Isbergues.
- BOUCHER Nadège, 7 ans, demeurant rue d'Aire.
- PAILLEUX Georges, 78 ans, marié, demeurant à Manqueville,
décédé des suites de ses blessures.

Blessés


- DELTOUR François, CARDINET René, CHIABERTO Emile, DELTOUR Louis,
DUBUISSON Arsène, FRANCOMME Henri, HANIQUE Jules, RICHARDSON François, LOUIS René.
- DENISSELLE Benoît, DENISSELLE François, DUPONT Marcel, FOSSE Jules,
demeurant tous les quatre à BURBURE.

Membres du Comité Local de Libération


- Capitaine DANEL, président du Comité
- Mme Germaine DUEZ,
- MM. DECOOPMAN, GOURDIN, LELOUP, MONTREULLE, ROSENBERG, SOCKEEL.




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